mercredi 18 février 2015

La photo ou comment voir a côté de ses pompes

La photo est une activité qui ne dérange personne, à moins de saccager volontairement l'endroit où l'on fait des photos, endroit qui en général appartient toujours à quelqu'un ou à l'état, on ne risque rien. Il m'est arrivé de croiser plusieurs fois des agriculteurs sur leurs terres, je n'ai aucun souvenir de mauvaise rencontre avec ces travailleurs. Je signale toujours ma présence en levant une main pour indiquer ma position et offre un salut part la même occasion. Ce simple geste rassure et si je me déplace, j’irais en direction de la personne pour l’a prévenir de ma présence et lui expliquer ce pourquoi je suis là et ce que j'y fais. J'ai aussi eu à de multiples occasions fait la rencontre des autorités et je garde le même comportement, lorsque l'on explique aux gens ce pourquoi on est là et ce que l’on y fait cela se passe bien. Je vais préciser quand même, que quand je parle d’une activité qui ne dérange personne, il ne s’agit qu’humainement parlant. La photo si elle est mal pratiquée peut nuire aux espèces que l’on observe car justement dérangées dans leur cycle de vie, leur intimité, leurs biotopes.

Comme précédemment écrit la photo ne dérange personne. Le fait de prendre tout est n'importe quoi dans un lieu public n'attire que peu l'attention des personnes présentes, surtout lorsque l'on ne prête aucune attention à ce public justement. Osez orienter votre appareil ne serait-ce que une seconde, vers n'importe qui dans la rue et vous allez voir que le regard de la personne sur la quelle pointe votre appareil à photo va changer du tout au tout. Certains n'y feront pas attention, la tête ailleurs dans leurs pensées, ils ne vous auront "pas vu" et les autres vont très vite vous faire savoir que ça leur déplait. Un réflexe humain normal puisque l'on vient toucher avec un œil de paparazzi la vie privée d'un être qui nous est inconnu, une vie qui ne nous "regarde pas" et qui ne nous concerne pas. Dans la nature les choses sont très différentes. L'abeille sur la quelle vous allez apposer votre objectif n'ira jamais porter plainte au commissariat pour atteinte à la vie privée. Libre, le photographe animalier et toutes autres personnes munis d'un appareil à photo dans la nature est libre de prendre tout ce qu'il souhaite en photo, car nous ne dérangeons personne. C'est sur ce point que la photo est aussi intéressante à remettre en question. 



De un, dans ce lot de personnes dites "amoureuses de la nature" il y a pour moi aujourd'hui, 2 types de personnes bien distinctes à différencier.

Les vraies amoureux de nature, ceux qui on une vraie sensibilité pour l'animal et qui le respecte lui et sa vie, son biotope. Des gens se démenant pour la pérennité de l’animal. De vrais engagés à la cause animale qui souhaitent réellement partager ce lien très fort qu'ils ont avec la nature ou qu'ils ont pu avoir lors de leur prise de vue. Des âmes généreuses qui ne souhaitent qu'un partage avec un public, participant ainsi à un but précis de sensibilisation des humains à toutes ces différentes mais si magnifiques vies animales que la nature nous permet de voir, ces autres vies différentes qui sont parmi nous et dont l’humain à tout oublier.

Puis vient les faux semblant, des pseudos amoureux de la nature qui prennent des wagons de photos et qui se ruent sur tous ces concours d'une année afin d'être publié dans des revues et obtenir la notoriété de "grand photographe". J'ai aussi fait la rencontre de ces phénomènes dont un qui m'a expliqué son but unique qui est de rester à la tête d'affiche de la photo animalière de la région. La nature pour ces "hommes d'affaires" ou "businessman" ne leur parle plus en chants d'oiseaux, mais au nombre d'euro que pourra leur rapporter une photo, ou aux nombre impressionnant d'euro que leur présence facturera à une marque d’appareil, à une photo sur un stand commercial lors d'une foire expo. Ces gens là, n'en ont rien à foutre de bousiller un biotope pour "La Photo" , ils sont prêts à utiliser de gros moyens super polluant tel que : des hélicoptères ou des avions pour y parvenir. D'ailleurs, j'en suis venu à me demander si pour ces gens, le fait de devoir se rendre quelque part pour y voir quelque chose ne les emmerdait pas un peu, mais je pense que oui au final. Un rendu très moche, mais bien réel de ce qu'ils sont.

De deux, la photo est pour moi quelque chose de fascinant, car grâce à elle et les images que l'on produit, on peut toucher le cœur d'un public d'un seul doigt avec ce que l'on a immortalisé en image, lui transmettre facilement l'instant de la vie d'une fleur, d'un insecte, d'un oiseau, ou de tout un tas d'autres choses intéressantes qui existent dans la nature. Lorsque l'on s'habitue à faire de la photo, on ne sort plus dans la nature par plaisir de contemplation pour y voir les choses magnifiques au dehors, mais juste pour y faire des photos. Le plaisir de prendre son temps à contempler la vie d'un être vivant n'est plus là, à force on en a oublié cette action de prendre son temps à rester là, juste pour admirer une nature à l’œuvre sans ces technologiques dans les mains, seul nous importe le fait de faire de la photo. Nous vivons ainsi aujourd'hui et moi le premier, mais je suis content de m'en rendre compte et de partager mon point de vu sur ce sujet avec vous. Quand on démarre dans le domaine de la photo, on commence avec très peu de matériel, puis vient cette course effrénée aux objectifs plus gros pour rechercher plus loin un sujet qui doit rester net et au matériel onéreux qui va bien avec : trépieds, jumelles, sac étanche, etc… Personne ne me dicte la conduite que je dois avoir, c'est moi seul, qui décide du prochain achat d'objectif que je souhaite avoir lors de mes sorties natures. C'est nul, car la photo c'est avant tout se faire plaisir à "soi-même" par le biais de l’observation et de la contemplation. Rester là et admirer des animaux dans leurs contextes, regarder des paysages, observer des plantes, lire les nervures d’une feuille séchée, contempler un papillon, admirer la configuration d'un terrain, suivre de vue un cours d'eau, etc... tout ce qui participe à faire cette essence unique impossible à retrouver dans les villes, cette chose agréable et douce à respirer, filtrée par nos petites âmes humaines. Elle nous traverse de part en part à chaque seconde avec sa beauté, que nos yeux arrivent à peine à frôler et dont notre corps laisse entre-voir la réaction d'un frisson de chair de poule très humain. La nature, il n'y aura jamais trop de mots pour expliquer sa façon qu'elle a de nous toucher par sa splendeur et tout ce qui fait ce qu’elle est. 

 
Juste à coté d’elle, nos comportements sont plus que mauvais, tous nos actes au quotidien sont mauvais et nous continuons sans nous soucier de rien à aller vers un irréparable. Ça a déjà été le cas, mais trop loin de nous et de nos propres personnes ça nous est insignifiant alors on s’en balance complètement. Nous nous plantons, car nous ne réfléchissons plus au pourquoi des catastrophes et des erreurs commises . « La ou Notre » société de consommation a fait de nous des pantins aux têtes remplies de billes de polystyrène, même guignol à coté de nous parait intelligent, car une fois sa représentation terminée, rangé dans sa boite et il ne peut nuire à personne. A quoi se résume aujourd’hui la vie des êtres humains de part le monde, qu’ils aient un appareil à photo ou qu’ils n’en aient pas? La vie des gens dans le monde se résume à tenter de se faire "aimer" ou de se faire "connaitre" par le biais d’un "like" ou d'un "j'aime", " d’un pouce levé" ou de son inverse, chacun y va de sa petite idée en image afin d’être vu et reconnu au plus vite par un public. Un public qui lui même est aussi acteur, qui va adhérer ou non à l’idée qu’on lui jette à la vue. Intéressant… sauf que la vitesse à laquelle le monde opère fait que ce "j'aime" ou "like" qu’il soit vu 10x ou 100 000x n’est que de passage, tel le flash d’un appareil à photo, il s’estompe aussi vite qu’il s’est allumé. 3 jours plus tard, si votre idée n’a pas eu un effet de buzz mondial ou qu’elle ne rapportera rien financièrement parlant, va tomber dans les oubliettes du net. Observer le comportement des gens lors d’un concert ou d’une animation culturelle. Le public ne regarde plus "de ses propres yeux" des actes qui se déroulent en face de lui, mais il tente d’observer au travers d’un appareil en mode enregistrement, un bras levé orienté vers la scène. Bientôt, nous verrons des personnes avec les 2 bras levés vers une scène, dans une main un smartphone et dans l’autre une tablette tactile. Un comportement ridicule conduit par un bout de plastique lumineux servant à la téléphonie au départ. Le public ne sait plus, ni contempler, ni apprécier un spectacle qui lui est offert, mais il tente de vivre dans l’immatériel grâce à des outils électroniques, des biens qui n’aurons jamais la capacité de sa propre vision humaine. Aveugle, il ne sait plus voir, ni prendre son temps pour cette opération, "la contemplation" lui est devenue totalement inconnue. Ces humanoroïdes vont par la suite au plus vite poster "ça" sur internet et vont attendre un nombre de vue sensées croître. La suite logique un autre comportement plus que pathétique, comme si 50 000 vues ferait de nous une autre personne, un être de lumière le temps d’une vidéo. Super, vous allez au concert pour les autres, s’est très généreux de votre part et les autres vous remercient, mais en général, ce n’est pas le cas sur le net malheureusement. L’effet est plutôt inverse, le mépris et la haine apparaissent plus vite que les remerciements, mais ça vous le savez déjà...


Nos politiques et le commerce se débrouilleront toujours à ce que vous ayez toutes ces nouvelles technologies dés demain dans vos mains, tout comme ils s’activeront à ce que vous puissiez vous achetez à crédit un matériel photo hors de vos moyens financiers, afin que votre passion pour la macro photographie ou autre puisse se réaliser. Participant ainsi à votre activité favorite vous n’êtes pas là, là dans la rue à manifester contre : un salaire qui n’augmente pas, la mondialisation, les producteurs de pesticides, ces empoisonneurs de la grande distribution, les producteurs de volailles au parfum d’eau de javel, toutes ces usines d’incinérations qui polluent de manière si réglementées, ces automobilistes au contrôle technique OK et leurs véhicules trafiqués qui ne devraient plus être sur les routes depuis plus de 10 ans, ces richissimes propriétaires de 4x4 et leurs très mignonnes pastilles vertes, ces superbes abattoirs de nouvelle génération aux si grandes fenêtres ouvertes sur l’extérieure soient-elles, notre si traditionnelle chasse accompagnée de ses alcooliques anonymes, l’arasement de la cime d’une montagne connues pour en faire des pistes de ski, de ces projets de jeux olympiques qui n’apportent avec eux que dettes aux pays, de ces élus aux projets les plus fous qui ruinent leur ville par des emprunts idiots en pleine période de récession. 


Même si vous constatez dés demain, une nuisance quelle soit humaine ou non, envers un animal, envers la nature voir même d’autres humains, vous ne resterez qu’une minorité "d’observateurs contemplatifs". Vous serez les seuls à vous sentir concernés par un problème qui impactera votre âme et votre sensibilité. Les pétitions tout comme les associations de défenses de la nature sont comme tout le reste, elles ne suivent qu’un mouvement sur la toile digitale et ne peuvent agir sans le consentement des hommes politiques. Elles n’ont aucun autres choix que celui là, car c’est la règle malheureusement, mais nous dans le confort de nos bottes en caoutchouc, assis sur un sol humide dans le frais, d’un matin de printemps, perdu en pleine campagne, nous contemplons une araignée qui dort au centre de sa toile pleine de rosée. C’est comme si nous observions le coeur de l’univers, alors qu’à coté de nous, des centaines d’automobiles circulent en file indienne pour amener de très grands stressés de la vie vers leurs lieux de travail. On arrive à en oublier notre propre existence et nos propre soucis, ils deviennent invisibles et n’ont jamais existé au travers de cet objectif qui vise cet insecte, cet oiseau, cet écureuil, ce cerf. Ce qui nous importe à cet instant est cette lumière stellaire que l’on doit gérer afin de faire ressortir les plus belles couleurs de ce si petit animal. Ce tube qui constitue l’objectif nous isole, nous et notre idée que l’on se fait de cette image finie qui devrait apparaitre à l’arrière du boitier reflex. Le monde peut bien s’écrouler l’âme à l’oeuvre, nous sommes invincibles, notre oeil plongé dans ces univers étranges, fait d’êtres aux multiples pattes, on ne peut et ne veut plus voir tous ces soucis trop humains qui vibrent sans cesse tout autour de nous et nous n’irons jamais vers eux, car avant de protéger l’homme de l’homme, il nous faudrait déjà savoir comment protéger avant qu’ils ne disparaissent à jamais des animaux fragiles qui périclites chaque jour. 


Je ne suis qu’une poussière de représentant parmi une minorité de personne à être planté là en pleine nature pour la cause animale et le respect du vivant tentant de participer à sa défense. Se battre pour le respect de la nature en clair. Il ne s’agit pas de croyances farfelues ni de convictions à la con mais d’un choix personnel engagé à une cause qui me semble juste. Quand on vît avec cette idée tous les jours on se rend compte qu’elle est un peu comme une casquette, un objet que l’on porte en permanence sur la tête même lorsque l’on dort, elle est toujours là. Agréable et légère, on ne la sent pas, sauf lorsque l’on constate une maltraitance envers un animal ou la nature. On ne reste plus figé dans cette complicité passive due à la peur du spectateur qui ne sait quoi faire pour aider, car il voudrait bien faire quelque chose mais n’ose pas, car trop pris par l’angoisse du « que va-t-il m’arriver si j’interviens? ». Je ne suis pas un super héros non plus et je ne vous demande pas d’en être un, je ne sais pas non plus quoi faire à chaque fois que cela se présente, car j’ai aussi mes faiblesses intérieures, mais je ne reste plus figé sans rien dire, ne faire ne serait-ce que ce premier pas en avant en direction « d’un mal fait à un être sans défense ou d'un endroit de nature», c’est déjà faire front et remettre en question un mal commis. C’est à ce moment là que la peur change de camp. Il faut oser, dans tous les cas, nous ne sommes jamais seuls à avoir vu un méfait, il suffit que 1 intervient pour que 2 arrivent et que 3 aident, les badauds et humanoroïdes seront toujours là à prendre des photos ou lever leurs bras pour filmer, des comportements que l’on ne peut empêcher. J’en suis fier aujourd’hui de la casquette invisible que je porte sur ma tête. Personne ne m’oblige a devenir ce que je suis, hormis peut-être le fait d’avoir grandit à la campagne, auprès d’un père qui m’a appris à respecter la nature et tout ce qui s’y trouve en vie dedans. Tôt ou tard nos vies sont confrontées à nos choix personnels qui vont nous montrer des chemins à prendre et je pense avoir fait un bon choix aussi minoritaire soit-il pour une très bonne cause.


kaze

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