Cette naturaliste des fonds marins, m'expliquait que le phénomène de blanchiment des coraux se produisait ici dans la Méditerranée. Elle était désabusée que ce désastre en cours n'affectait pas les visiteurs du parc ornithologique, qu'elle tentait de sensibiliser. Le commun des mortels ne vivant pas en pleine mer et la plupart vacanciers ne voient pas au premier coup d’œil les dommages faits à la nature (de plus des dommages sous-marins). Il faut dire que sans explications données par les travailleurs du parc, le visiteur en ressort ignorant tout des conditions environnementales locales. Prendre 8€ à l'entrée pour nourrir les flamants roses ne suffit plus. Ces jeunes œuvrant au parc devraient être formés, ou se sentir plus concernés à la préservation de la nature. Plutôt qu'être dans la routine d'être à l'heure à l'ouverture de la caisse, ou d'user d'un quad pour vite jeter des sceaux de graines aux oiseaux. Quand on sait la beauté du site, la possibilité d'observer des oiseaux rares de près, soit cette chance d’œuvrer en plein cœur de la Camargue, il y a de quoi raconter aux visiteurs. Mais ici, la majorité des familles viennent voir les flamants-roses, ce symbole vivant d'une belle Camargue. Alors qu'ils sont visibles hors du parc, pour peu que l'on se lève tôt, et que l'on se balade a pied. Quelle chance que de rencontrer la veille de mon départ, cette jeune femme soucieuse de sa région.
Les impactes du réchauffement climatique et les impactes humains sur la nature, le publique ne les voient pas, car, de un le visiteur lambda ne s'y intéressent pas et de deux ne vivant là depuis des années, les touristes sont incapables de comparer avec ce qu'il y avait là avant. Comme quoi, prêter attention aux cartes postales (récentes ou vieilles) vendues en bureaux de tabac et aux illustrations visibles chez les bouquinistes des grandes villes de la région, en disent long. Pour l'avoir souvent entendu, l'intérêt porté par le vacancier type est toujours la question des tarifs de l'immobilier et si il leur était possible de venir s'y installer. Il y a toujours en nous ces des questions de confort et de vie plus saine (où que l'on soit la vie aura toujours un cout). Pour ce qui est des oiseaux vivant là qui ont disparu, ils n’intéressent pas grand monde ((sauf, si c'est un poulet au gout particulier...hélas) les questions du vivant que personne ne posent sur les plantes, l’état des sols, des cours d'eau, les forets, une météorologie régionale particulière, etc).
Il est difficile pour tout naturaliste connaissant une faune sauvage souvent côtoyée de la retrouver chamboulée ou détruite, pour des raisons humaines. Ces raisons économiques prévalent toujours sur le réchauffement climatique. Vous n'imaginez pas l'amertume, l'immense sentiment de déception et d'impuissance envahissant l'entité physique et morale, que l'on est, la seconde suivant la vision : d'un désastre, d'une destruction, d'une coupe-rase, d'un défrichage, réalisé par la main de l'homme. Aujourd'hui vient s'y ajouter un climat déréglé coupable de tout.
Et quand cela est annoncé aux associations de protection de la nature, elles citerons toujours la raison du réchauffement climatique en premier (paradoxe inversé). Il passe crème partout ce réchauffement climatique, n’empêche que frustrations et ressentis générés peuvent dépasser ce que l'on est prêt a accepter en dégâts, en actes irréversibles commis, en méfaits, en bouleversements complets. La pelleteuse vient écraser avec ses chenilles et son godet nos sensibilités et affects. La fracture du cœur ou de l'âme est si grande que l'on ne sait plus, ni quoi faire, ni vers qui se tourner pour demander de l'aide, ou ce qu'il est encore possible de réaliser afin de préserver des sites naturels. Seul et démunis face à des lieux vides et des vies massacrées du jour au lendemain, sans aucune explication réelles annoncées par qui que se soit, il ne faut rien dire et ne rien faire. Pour imager : on est dans cet accident ou l'on se retrouve avec les 2 mains coupées, conscient les yeux hagards levés vers un sauveteur que l'on ne voit pas car en état de choc, nous lui disons ceci "Je vais faire quoi maintenant ? Je vais faire quoi maintenant ?". Le sauveteur (ou association de protection de l'environnement) peut-il seulement entendre la question posée ?
Alors quand ces violentes cassures l'emportent sur la raison. Elles font naître ces capacités à faire n'importe quoi, pour défendre la nature. Quitte, à user de la force ou de la violence afin de protéger ce qui nous semble important (naissance des ZAD : Zones A Défendre) : un lieu de nature, une cause bienveillante, des biotopes (très souvent déjà détruits, pour lesquels nous n'avons rien pu faire, ni rien fait pour les protéger). Compatissant au grand désarrois de cette sœur de cœur, je grimace une fois de plus.
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| Démoralisation de la lumière |
La semaine se déroule sous le soleil et un vent inarrêtable. La région est si belle que la tristesse m'envahit au moment du départ. Sans la connaitre plus que ce que je n'ai vu d'elle, la nature Camarguaise m’inquiète sur ce qu’elle devient et son devenir. Chacun son jugement, on peut tout dire de la Camargue, mais s'est plus fort que moi, je repense aux propos de mes prédécesseur qui m'avaient raconté une Camargue peuplée d'oiseaux les printemps d'une décennie auparavant. Je ne peux m’empêcher la comparaison avec ce que j'ai vu et faire le rapprochement avec les constats fait par d'autres passionnés de nature rencontrés ici au parc ornithologique en ce mois d'avril. Nous constatons la même chose, une quantité de passereaux quasi-nulle dans le parc ornithologique, cela nous choque au point que l'on s'interroge d'une voix disant :
Y a t-il quelqu’un pour mesurer l’ampleur des dégâts actuels sur la nature ? Et le dire a qui ? Qui en fera quoi ? (En Savoie et dans d’autres régions du pays la question se pose aussi.(des projets ravageurs apparaissent toujours quand il est déjà trop tard...))
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| Solitude - Bergeronnette printanière, où est ta meute ? |
Ce vivant Camarguais reste également sans défense face aux intentions humaines principalement orientées sur la rentabilité et des profits à faire avant 2025. Ici comme ailleurs en France, le vivant n’existe pas, il reste malheureusement cette chose trop conceptuelle, trop abstraite, pour le commun des mortels. Il en va de même, pour le réchauffement climatique. Quand on sait que certains n'y croit pas, il y a de quoi se demander si l'on est fou, si notre vue nous joue des tours, ou si les infos nous mentent au quotidien, mais les constats aussi peu réjouissant soient-ils, sont pourtant bien visibles et présents (Osez poser des questions aux détenteurs de jumelles autour du cou, ou d'appareils-a-photo, vous en apprendra beaucoup sur un site inconnu ou aux randonneurs).
Et à côté de ça, les assurances paieront toujours les dégâts subis et l’on construira toujours en zone inondable. Les politiques avides d’électeurs, laisse faire le tout et le n’importe quoi. Un clin d’œil, une poignée de mains, une bouffe, un coup a boire et sa repasse. Les associations de protection de la nature portent de jolis noms, mais sont sans aucun réel pouvoir d'empêcher les méfaits de l’argent. Les mesures compensatoires resterons toujours ridicules. On abat une montagne pour 10 000 skieurs pour trois choux plantés au bord de l'eau...notre monde actuel ressemble un peu à ça et les passionnés de nature qui portent la connaissance des dégâts et méfaits commis, nous leur demandons poliment de se taire. De lanceur d'alerte ou personne sensible a une cause, nous devenons pour certains "des écoterroristes", alors que non, je ne suis pas ça...
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| Où sont les oiseaux d'eau ? |
Lors d’une de ces balades touristique en bateaux remontant le petit Rhône, on nous explique brièvement : les élevages bovins (les manades) et des 4 hectares qu’il faut a un seul taureau pour qu’il puisse se nourrir, les cabanons et leurs carrelets de pêche, la riziculture et ses 30% de riz consommé par les français issu de Camargue, les noms de quelques oiseaux d'eau vus sur les bords de ce petit Rhône, et une courte histoire des Saintes-Maries-de-la-Mer.
Dommage qu'aucune explication n'est émise sur les changements opérés par la nature liés aux climats changeant année après année, ni des ces formations imprévues de banc de sable à cette autre embouchure (Est-ce une réaction de la mer ? Des températures d'eaux trop élevées ? De courants marins plus intenses liés aux vents ou à la météo ? ), ni des contextes sociaux politiques en place, ni que la mairesse des Saintes-Maries-de-la-Mer bataille aujourd'hui pour que moins de pesticides ne soient répandus dans les rizières. Car, ces chimies atteignant les nappes-phréatiques vont lentement mais surement se retrouver dans l’eau potable de sa municipalité (des cancers dans 15 ans, ou scandale sanitaire). Elles sont à l'origine du gout chloré de l'eau du robinet.
Non, les touristes et visiteurs que nous sommes, sommes pris pour des enfants baladés au fil de l’eau et a qui l’on raconte d’un air de vacance d'été répété 100 000 fois, semblant à l'écoute, fortement blaser le gars s'exprimant au micro.
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| Appartenant au Rhône ou aux proprios ? |
Hélas, personne ne constate que les bords de ce bras du Rhône, sensé être une source de vie pour bon nombres d'espèces se retrouve sans vies.
A bord du bateau, les vacanciers sous la lumière dure du soleil de 15h00 sont rafraichis par un Mistral qui souffle fort et des vagues qui nous secouent. Les enfants crient et sont agités pas simple pour eux de rester assis le temps de la balade. Les adultes ont la tête dans les vacances avec des : qu'est ce qu'on fait demain - dans quel restaurant on va ce soir - on va manger une glace à 4 heure - c'est quoi le nom de ton chien - papi mamie, nous attendent sur le quai, les enfants - as-tu penser à la crème solaire - est-il possible de faire balade a cheval pour 16h - etc
Les téléphones en mains les vacanciers font des photos souvenir ou film ce moment ensoleillé sur l'eau. Leurs yeux ne sont pas entrainés à voir la réalité d'un vivant qui a dégusté et qui déguste encore. Cette réalité dans laquelle ils se trouve également et dont ils ne voient rien hors du champ humains et de ses occupations. Pourtant les bords de ce court d'eau ne sont plus qu’un grand rassemblement de branches vides étalées par-ci par-là. Du plastique de bidon éclaté, des bouchons de bouteille d’eau flottant, là, où taureaux et vaches s’abreuvent. Ce pneu, ce baril rouillé et ces plastiques sont les déchets liés a nos modes de vie et modes de consommation qui maintenant remplacent un sauvage invisible qui disparait rapidement. Il y avait plus d’oiseaux en photo sur la brochure vantant la balade en bateau qu’en vrai.
Les oiseaux d’eau, tout comme les passereaux sont les grands absents de ce printemps en Camargue. Où sont ils ? Qu'avons-nous fait ? Que faisons-nous encore ? Il faut dire qu’une rive est déjà prise par un paquet de cabanons alignés les uns a côtés des autres qui ne datent pas d'hier.
Il n’y avait là, sur ces quelques kilomètres navigué : 2 hérons cendrés, 3 huitriers pie, 2 milans noirs, 3 mouettes rieuses, un ibis en vol, et quelques goélands leucophée. Alors que cette immense fresque naturelle se déroulant sous nos yeux ne devrait justement rien faire d'autre que grouiller de multiples vies. Est-ce une embouchure du Rhône, un dépotoir, ou une Nature en péril que personne ne voit ?
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| Un x marque l'emplacement d'un trésor disparu. |
Je remarque également que la Camargue n’est pas celle que je m’imaginais avec de vastes étendues dans les quelles chevaux et taureaux vivraient librement en harmonie avec la nature. La Camargue d'aujourd'hui est parcourue de clôtures, de sentiers de randonnées qu'il ne faut pas quitter, telle une forme d’industrialisation invisible axée autour de la mer et de l’argent qu’elle peut et qu’elle doit produire en toute saisons. A moins que se soit pour éviter les dangers d'une rencontre avec un de ses bovins, ou a moins que le publique ne doit pas être témoin d'une réalité plus ou moins scandaleuse, que l'on soit a pied ou a cheval ? Ça questionne...
Que vous soyez un cavalier ou non, appel téléphonique suffira à exploiter des vies de chevaux pour des ballades à durée souhaitée, tel un steak que l'on choisit rose, cuit ou appoint. La vie de l’animal monté, questionne-t-elle seulement ceux qui les chevauchent ? Ces files de cavaliers aux têtes recroquevillées dans les épaules se protègent soit du vent ou lisent leurs téléphones, font que j'en doute. Heureusement qu’il n’y a pas une tradition locale de la guillotine, sinon j’aurai marché sur un paquet de crânes au sol sur des kilomètres, juste pour dire si l'on se pose les bonnes questions avant d'agir, avant de louer, avant d'acheter, avant de consommer, avant de jeter une cannette, avant de jeter un mégot, avant de jeter un papier, avant de jeter un sac plastique, avant de jeter des couches culottes, avant de jeter une bouteille en plastique, avant de se jeter soi-même, évitant ainsi un(e) con(nerie) de plus dans la nature...
Suite au prochain post.





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